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HISTOIRE du « BLEU GUIMET »

« Un bleu qui blanchit ?»

Si la peinture et l’amour d’une femme furent à l’origine de la découverte du bleu d’outremer artificiel, l’azurage des papiers de qualité, puis surtout l’azurage du linge firent l’immense succès de cette entreprise.


Le bleu d’outremer qui possède des tons si riches et si recherchés, était autrefois extrait exclusivement, du lapis-lazuli (pierre semi- précieuse utilisée par les anciens en bijouterie et ornementation).

 

Ce n’est qu’à la fin du moyen- âge que l’on découvrit le moyen d’extraire la couleur bleue de cette pierre et d’utiliser le pigment ainsi obtenu en peinture artistique.

 

Le nom d’outremer provient de l’appellation AZURRO ULTRAMARINO, le bleu d’au-delà des mers. Le lapis-lazuli provenant principalement d’Afghanistan atteignait jadis le prix de 2 000 Francs la livre, voisin de celui de l’or.

La production d’un outremer artificiel constituait donc un problème des plus intéressants.

 

La découverte de l’outremer artificiel

Jean-Baptiste GUIMET qui naquit à Voiron (Isère) en 1795 d’une noble famille du Dauphiné fut jugé digne d’être admis à l’école polytechnique à 17 ans.

En 1817, il entrait comme élève ingénieur dans « les poudres et salpêtres ».

 

En 1824, la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale offre un prix de 6 000 Francs OR pour la découverte d’un procédé économique de fabrication de l’outremer.

Cette même année, Jean-Baptiste GUIMET épousa la fille du peintre Jean-Pierre Xavier BIDAULD. Elle avait elle-même un réel talent de peintre. Elle poussa son mari, dont les connaissances en chimie étaient si complètes, à diriger ses recherches vers la découverte sollicitée par la Société d’Encouragement, pour la fabrication d’un outremer artificiel de qualité équivalente à celle provenant du lapis-lazuli.

Jean-Baptiste GUIMET se mit à l’œuvre immédiatement. Un cahier d’expériences affirme les résultats obtenus dès le mois de Juillet 1826.

Il multiplia ses essais et arriva enfin à préparer l’outremer d’une manière industrielle.

Plusieurs artistes en firent l’essai, dont INGRES, qui, chargé de représenter l’Apothéose d’Homère sur le plafond de l’une des salles du Musée, employa ce bleu pour peindre la draperie de l’une des principales figures ; la couleur de cette draperie fut trouvée merveilleuse.

Certain du succès, Jean-Baptiste GUIMET se présenta au concours de 1828 et le prix lui fut décerné le 3 décembre 1828.

 

En 1831, Jean-Baptiste GUIMET fonda à Fleurieu sur Saône, l’établissement de fabrication industrielle de bleu d’outremer. La réputation de l’outremer GUIMET se répandit non seulement en Europe, mais dans le monde entier.

 

En 1839, l’exposition couronna sa découverte par un rappel de la médaille d’or obtenue en 1834 à l’exposition de Paris.

D’autres médailles d’or lui furent décernées, en 1849,  en 1851 à Londres, en 1853 à New-York et en 1855 où il obtient la grande médaille d’honneur et la croix de la légion d’honneur.

 

Fabrication de l’outremer artificiel

Un mélange de matières premières, telles que : kaolin, carbonate de soude, soufre, sulfate de soude et un réducteur, le charbon de bois est mis en pots de terre. Il est ensuite chauffé dans d’immenses fours, d’une façon graduelle pour permettre aux différentes réactions de se produire. En ce qui concerne le bleu, la température atteindra progressivement 800° et sera maintenue jusqu’à réaction complète, un long refroidissement sera alors nécessaire.

La phase de cuisson et de refroidissement durera un mois environ, pour une production, en une seule chauffe, de trois tonnes par fours. La marche de la coloration suit celle de l’oxydation.

Suivront ensuite les phases de broyage, lavage, décantation, séchage.

 

 

Le bleu sera soit livré en poudre, soit aggloméré en boules, cubes ou rectangles.

L’outremer a toujours été considéré comme un pigment parfaitement sûr et inoffensif pour l’organisme. L’utilisation suivie et universelle de l’outremer, dans la coloration ou l’azurage de certains aliments (sucre, cosmétiques et produits pharmaceutiques) prouve l’innocuité de l’outremer.

 

Les domaines d’application du Bleu Guimet

L’outremer était utilisé en grande quantité dans les peintures, l’azurage du papier et l’azurage du linge. Il était également utilisé dans la fabrication de nombreux produits : des papiers peints, les encres d’imprimerie, les cuirs, les revêtements de sols, les ciments, les caoutchoucs, les matières plastiques, les savons, les apprêts, les cachets et onguents contre les affections respiratoires  et toutes couleurs  pour artistes. Les poudres à laver domestiques contenant de l’outremer permettaient aux ménagères d’obtenir un blanc éclatant et durable en azurant le linge.

Depuis 1828, quatre générations se sont succédées
dans la fabrication du « Bleu Guimet ».

A Lyon, Jean Baptiste Guimet, l’inventeur, fut également pendant vingt ans conseiller municipal de Lyon et président de l’Académie des sciences en 1852.

En 1855, génie de l’industrie,  il créa et finança également la Compagnie des produits chimiques d’Alais et de la Camargue (connue aujourd’hui sous le nom de Péchiney), dont il fut le premier président jusqu’à sa mort en 1871.

Son fils, Emile Guimet (1836-1918) marqua l’histoire de Lyon, tout autant que son père, dont il hérita de l’habilité et de la détermination  nécessaire à la gestion des entreprises. De sa mère Rosalie Bidauld (d’une famille de peintre), il garda une curiosité avide pour les arts et la culture.

 

Dés 1860 il prit  la succession de son père à la tête des usines de bleu outremer. Plus tard  il présidera aux destinées de Péchiney de 1887 à 1918.

 

L’entreprise du Bleu Guimet aura été leader sur son marché pendant près d’un siècle.

En 1900 Emile Guimet céda la direction du « Bleu Guimet » à son fils Jean. Celui-ci développa considérablement l’entreprise sur les marchés étrangers. A son décès accidentel en 1920, cette entreprise dynamisée comptera 120 représentants sur tous les continents du monde.

Jacques Guimet n’avait  que 12 ans lors de l’accident de son père, il maintiendra l’activité de l’entreprise jusqu’en 1967, date à laquelle le « Bleu Guimet » sera vendu à la société Reckitt et Colman. Le bleu d’outremer est maintenant fabriqué par la société            Hollidays Pigments SA à Comines dans le Nord.

 

L’entreprise et le mécénat d’Emile Guimet

En dehors de cette direction d’usine, Emile Guimet se sentant responsable du bien être et de la culture de ses ouvriers, déploya ses énergies dans de multiples activités : musique, théâtre, voyage et archéologie, sans oublier les questions sur la politique sociale de l’entreprise qui l’occuperont toute sa vie.

Il créa ainsi des écoles, des mutuelles, des fanfares (en 1900, celle de Fleurieu sur Saône  défilera même sur les champs Elysées pour l’Exposition Universelle de Paris).

Enfin à Lyon, l’actuelle FNAC, rue de la République,  est décorée de deux muses antiques en toge souhaitant la bienvenue aux visiteurs. Ce sont les seules traces du Théâtre Bellecour, le plus grand théâtre  de Lyon (3 000 places), construit en 1879 par Emile Guimet où s’installera ensuite Le Progrès.

Mais sa notoriété proviendra surtout de ses activités de mécène.

Après un tour du monde, au Japon, en Chine, aux Indes avec son ami peintre Félix Régamey, il créa en 1879 à Lyon, un Musée d’Histoire des religions, un Musée « visionnaire », le Musée GUIMET. Humaniste, d’une grande ouverture d’esprit, et avec le souci de répandre le bonheur, il souhaitait faire connaître les richesses culturelles du monde et rendre la découverte de ces cultures accessible à tous

Emile Guimet  prendra toute sa dimension en faisant don à l’Etat (contenant et contenu), de son vivant, du  Musée Guimet qu’il construisit à Paris en 1889. Le Musée de Lyon  renaîtra à Lyon  à l’instigation d’Edouard Herriot en 1913, les collections d’arts égyptiens et asiatiques cohabitent avec celles d’histoire naturelle.

Ainsi, si la riche histoire du « Bleu Guimet » est liée à 150 ans d’histoire industrielle de la France, elle est également le fondement d’une histoire culturelle qui donnera naissance au Musée Guimet de Paris (l’un des plus grands Musée d’art asiatique du monde) et au futur Musée des Confluences à Lyon.